L’élection présidentielle d’avril et mai 2017 restera gravée dans les manuels d’histoire politique comme « l’élection du Big Bang ». Au terme d’une campagne rocambolesque, jalonnée de coups de théâtre judiciaires et de renoncements historiques, les électeurs français ont dynamité le clivage traditionnel gauche-droite. En propulsant à l’Élysée un candidat de 39 ans n’ayant jamais exercé de mandat électif, face à l’extrême droite, la France a ouvert un nouveau chapitre institutionnel, marquant la fin de l’hégémonie des deux grands partis de gouvernement de la Ve République.
Sommaire
- Introduction : Une Campagne Hors Norme et Imprévisible
- L’Élimination Historique du PS et des Républicains
- Le Choc du Premier Tour : La France Coupée en Quatre
- Explorez les résultats avec notre outil interactif
- Un Nouveau Clivage : Les « Ouverts » contre les « Fermés »
- Le Second Tour : Un Front Républicain Victorieux mais Émoussé
- Une Légitimité Fragilisée par le Vote Blanc et l’Abstention
- L’Importance de l’Open Data pour Cartographier le Big Bang
- Conclusion
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Introduction : Une Campagne Hors Norme et Imprévisible
La présidentielle de 2017 a débuté par un coup de tonnerre. Pour la première fois depuis 1958, le président de la République en exercice, François Hollande, englué dans une impopularité abyssale, renonce à se représenter. Cet aveu d’échec laisse le Parti Socialiste (PS) orphelin et ouvre un boulevard à la droite. François Fillon, vainqueur surprise de la primaire des Républicains (LR) avec un programme libéral-conservateur assumé, semble alors promis à l’Élysée.
Mais fin janvier 2017, le « Penelopegate » (l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse) fait dérailler sa candidature. La campagne devient alors la plus incertaine de l’histoire moderne. Dans cet espace politique en plein chaos, un jeune ancien ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, fonde son mouvement « En Marche ! ». Avec une promesse de dépassement du clivage gauche-droite et un positionnement « et en même temps » libéral et progressiste, il capte l’aspiration d’une partie des Français à un profond renouvellement des visages et des pratiques.
L’Élimination Historique du PS et des Républicains
Le verdict du 23 avril 2017 constitue un tremblement de terre institutionnel. Pour la première fois de l’histoire de la Ve République, aucun des deux partis de gouvernement (le Parti Socialiste et le parti gaulliste/libéral, devenu Les Républicains) ne parvient à se qualifier pour le second tour de l’élection reine.
Le candidat socialiste, Benoît Hamon, subit une humiliation cinglante en ne récoltant que 6,36 % des suffrages, victime d’un vote utile massif en faveur de Jean-Luc Mélenchon à sa gauche, et d’Emmanuel Macron à sa droite. De son côté, François Fillon trébuche à 20,01 %, éliminé de justesse du second tour. Le grand parti de la droite paie au prix fort les affaires judiciaires de son candidat, perdant une élection qu’il croyait imperdable quelques mois plus tôt. Les deux piliers de l’ancien monde politique s’effondrent simultanément.
Le Choc du Premier Tour : La France Coupée en Quatre
Le premier tour dessine une France politiquement fracturée en quatre blocs de taille quasi équivalente. Emmanuel Macron arrive en tête avec 24,01 % des voix, talonné par Marine Le Pen (Front National) qui se qualifie pour le second tour avec 21,30 %. François Fillon (20,01 %) et Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise, 19,58 %) complètent ce quatuor de tête inédit. Jamais l’écart entre le premier et le quatrième candidat n’avait été aussi resserré (moins de 5 points).
Ce résultat révèle une volatilité électorale extrême. Près d’un tiers des électeurs déclaraient encore hésiter sur leur choix quelques jours avant le scrutin. La percée de Jean-Luc Mélenchon, qui réussit l’exploit de mobiliser massivement la jeunesse et les quartiers populaires grâce à une campagne innovante (utilisation d’hologrammes, réseaux sociaux), consacre la marginalisation de la social-démocratie classique au profit d’une gauche radicale et écologiste.
Explorez les résultats avec notre outil interactif
L’application Ballotage ci-dessous vous permet de naviguer au cœur des statistiques officielles. Analysez la répartition géographique de cette « France en quatre blocs » et découvrez comment le paysage politique de votre commune a été dynamité lors de ce scrutin historique.
Ce que vous trouverez dans cette visualisation :
- Cartographie détaillée par commune pour décrypter le duel Macron – Le Pen.
- Analyse de la « France des 4 blocs » : la domination locale de chaque leader.
- Impact des votes blancs et de l’abstention au second tour.
- Exporter en PDF la fiche de synthèse de votre territoire.
Note : Pour une expérience optimale, nous vous recommandons de consulter cette dataviz sur grand écran afin d’exploiter la pleine puissance des outils d’extraction Datagère.
Un Nouveau Clivage : Les « Ouverts » contre les « Fermés »
Le duel du second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen n’est pas qu’une confrontation de personnes, c’est le triomphe d’un nouveau clivage sociologique et géographique. L’opposition entre la gauche et la droite est remplacée par une opposition entre les « progressistes » pro-européens et les « souverainistes » nationalistes. Autrement dit, le bloc de la France « ouverte » à la mondialisation face au bloc de la France « fermée » ou protectrice.
La cartographie de 2017 en est l’illustration parfaite. Emmanuel Macron sur-performe dans les grandes métropoles mondialisées (Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux), l’Ouest de la France et auprès des cadres, des diplômés et des retraités aisés (les « optimistes »). À l’inverse, Marine Le Pen domine largement dans le Nord et l’Est désindustrialisés, sur le pourtour méditerranéen et dans les territoires ruraux et périurbains. Le Front National devient alors le premier parti ouvrier de France, s’appuyant sur les classes populaires et les oubliés de la mondialisation (les « pessimistes »).
Le Second Tour : Un Front Républicain Victorieux mais Émoussé
Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron est largement élu 8e président de la Ve République avec 66,10 % des voix, contre 33,90 % pour Marine Le Pen. Si la victoire est écrasante en termes de suffrages, le contexte est très différent du « choc de 2002 » où Jean-Marie Le Pen avait été terrassé par Jacques Chirac (82 %). En 15 ans, l’extrême droite a doublé son score présidentiel (passant de 5,5 à 10,6 millions de voix), prouvant la réussite de la stratégie de dédiabolisation menée par Marine Le Pen.
Surtout, le traditionnel « Front Républicain » — la digue censée réunir tous les partis politiques contre l’extrême droite — a montré des signes évidents de faiblesse. De nombreux électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de François Fillon ont rechigné à donner leur voix au jeune candidat centriste, refusant de choisir entre ce qu’ils qualifiaient de « peste » (le nationalisme) et de « choléra » (le libéralisme économique).
Une Légitimité Fragilisée par le Vote Blanc et l’Abstention
Ce refus de choisir a engendré un phénomène statistique exceptionnel. Au second tour, l’abstention a atteint 25,44 % (en hausse par rapport au premier tour, une anomalie sous la Ve République). Plus grave encore, le vote blanc et nul a explosé pour atteindre un niveau record historique de 11,47 % des votants (soit plus de 4 millions d’électeurs ayant fait l’effort de se déplacer pour refuser les deux finalistes).
Cette « grève civique » de l’entre-deux-tours a privé Emmanuel Macron d’une véritable adhésion populaire. Le nouveau président entre à l’Élysée en sachant pertinemment qu’une grande part de ses électeurs n’a pas voté pour son projet, mais uniquement pour faire barrage au Front National. Cette fragilité de la base électorale « d’adhésion » planera comme une ombre sur l’ensemble de son premier quinquennat.
L’Importance de l’Open Data pour Cartographier le Big Bang
Le traitement des données électorales de 2017 a exigé une refonte complète des matrices d’analyse. Avec la disparition de la carte classique « bleu (droite) contre rose (gauche) », remplacée par la nouvelle bipolarisation Macron/Le Pen, les data-analystes ont dû repenser la lecture du territoire.
Chez Datagère, la puissance de notre Table Unique permet de croiser instantanément les résultats de 2017 avec ceux des scrutins précédents et suivants. L’Open Data du Ministère de l’Intérieur, une fois nettoyé de ses aberrations locales, révèle dans Ballotage avec une précision chirurgicale l’ampleur du transfert des voix socialistes et modérées vers Emmanuel Macron. Nos serveurs auto-hébergés garantissent un affichage ultra-rapide des 35 000 communes françaises, permettant de comprendre en un clic comment la géographie électorale du pays s’est métamorphosée en quelques semaines.
Conclusion
L’élection présidentielle de 2017 est l’an zéro de la politique française contemporaine. En balayant le système bipartisan qui structurait le débat depuis 1958, les électeurs ont imposé un renouvellement profond et propulsé au sommet de l’État un mouvement centriste inédit. Toutefois, derrière l’image d’une victoire moderniste et réformatrice, le fort niveau d’abstention, les records du vote blanc et l’enracinement de l’extrême droite dans la France périphérique portaient déjà en eux les ferments de la colère sociale qui exploserait un an plus tard avec la crise des Gilets Jaunes.


